Cette promenade dans le Khumbu forcement debute a l’aeroport de Kathmandu. Tout commence vraiment lorsque l’on attend sur le tarmac qu’ils aient fini de demonter les sieges inutilises pour entasser quelques caisses de marchandise supplementaires…
Puis l’hotesse, puisqu’il y en a une, passe distribuer les boules quies et les caramels….
Vol sans encombre au ras des montagnes et entre les nuages… arrivee a Lukla, 2600 m… piste courte…
La mousson n’est pas tout a fait passee… deux jours de pluie
jusqu’a Namche Bazaar (3400 m).
Le plus dur n’est pas d’atteindre Namche, mais ma chambre, au 2eme etage du lodge… interminables ces marches…
Les lodges, c’est un peu comme nos refuges de montagne, sauf qu’on ne n’y sert pas de la tartiflette mais du Dahl bat. Le plat local, une montagne de riz, des legumes bouillis ou rissoles et une soupe de lentilles. Les Sherpas adorent.
A propos de sherpas. je ne suis pas seul. M’accompagnent Rinji, mon guide et Chemba, son jeune cousin, qui porte une bonne partie du materiel.
3400m donc… premier mal de crane… on temporise un peu avant de prendre la vallee la plus a l’ouest, la route du Tibet…
« Slowly slowly », nous remontons la vallee en trois jours, par petites etapes histoire de faciliter l’acclimatation… Cette vallee est splendide, fermee par le Kongde ri au sud
et tres calme. Nous n’y croisons personne que les sherpas et leurs troupeaux de Yaks. Notre objectif n’est pas le Tibet…. nous bifurquons a Lungare 4350 m pour prendre le col de Renjo la 5345 m. Un km de denivelee, les 300 derniers m d’elevation dans la neige. Rinji fait la trace en sifflottant, je le suis, m’arretant tous les 10 pas comme une vieille asthmatique
pour tenter de reprendre mon souflle. 
Chemba, en basket essaie de ne pas se marrer quand je trebuche… Pas fache d’atteindre le sommet… meme dans les nuages… il n’y a plus qu’a descendre vers Gokyo et son lac…
Ma chambre cette fois est au premier etage, delicate attention apres 8 heures d’effort. C’est haut malgre tout.
Petite nuit car il faut repartir a 6h du matin pour l’ascension du Gokyo ri (ri = pic) 5300m d’ou le point de vue sur les montagnes est magnifique…. sauf ce matin, ou nous arrivons apres les nuages… impossible de distinguer toute la chaine… Perdus dans les nuages, les drapeaux a priere flottent dans le vent…
c’est malgre tout un beau spectacle que de voir apparaitre puis disparaitre quelques sommets, Pumo ri,
dans un silence absolu… absolu jusqu’a l’arrivee inopinee et irritante d’un groupe de japonais debarquant comme s’ils descendaient de leur car au pied de la tour Eiffel. Cela fait rire Rinji. Moi pas.
Maintenant que j’ai enfin apercu l’Everest, j’ai de plus en plus envie de m’en approcher. Le chemin le plus court consiste a traverser le Ngozumpa Glacier,jusqu’a Dragnag puis a franchir le col de Cho la et ses 5420m. La traversee du glacier est fabuleuse avec une vue imprenable sur le massif et semble-t-il difficilement attaquable Cho Oyu (8201m)….
Au petit matin cependant et apres une seconde nuit blanche a Dragnag, les symptomes de problemes d’acclimatation commencent a s’accumuler … Je decide donc plutot que de prendre le col de redescendre et de faire le tour pour changer de vallee (la pensee du jour : mieux vaut descendre illico que d’attendre et descendre helico….)
Nous redescendons donc rapidement et deux nuits sous les 4000m me remettent d’applomb… Nous remontons alors la vallee du Khumbu… changement radical … nous ne sommes plus seuls… la haute saison a commence et tout le monde veut approcher le toit du monde… Ca parle un peu toutes les langues… australiens et neo-zelandais semblent tres motives, mention speciale aux coreens… venus suporter une expedition en cours…. Forcement, avec tout ce monde, il faut faire monter de la nourriture et du materiel… les sherpas n’y suffisent pas, occupes qu’ils sont deja a transporter,
qui des madriers,
qui des fenetres… pour batir de nouveaux lodges… les yaks sont donc largement mis a contribution.
J’adore les Yaks… Ce superbe animal au long poil et a la corne affutee craintif lorsqu’il ne porte pas decharge et retif sous le bat, est essentiel a la vie des sherpas…
lorsqu’il ne transporte pas ses 80 a 100 kg de marchandise, bavant et la langue pendante, il broutte tranquillement sur les paturages a flanc de montagnes… generant un certain volume de bouses qui seront collectees par les jeunes filles du village, afin d’en confectionner, a la main, des galettes qui, une fois sechees sur les murs de la maison serviront a alimenter le poele…. (la pensee du jour : ne regarde pas la couleur des mains qui te servent la soupe…)… avec le lait de la femelle, on fait du beurre bien sur et de l’excellent fromage… finalement, en fin de vie, ce noble animal fournira des steaks tout a fait honorables …. bien qu’un peu fermes.
Ca y est nous approchons… depart de Lobuche a 5h du matin pour atteindre Gorak Shep, un grand cirque lunaire entoure par quelques uns des sommets enneiges les plus hauts… surprenant et superbe… Au centre de ce cirque, une grosse colline terminee en son sommet, 500m plus haut par un amas rocheux,
Kala Patar,
d’ou l’on a la meilleure vue sur l’Everest… vue qui se merite…1h30 d’ascension…. et cette montagne qui n’apparait pas…. ne serais-ce pas un piege a touristes…. si, ca y est, dans le dernier quart d’heure on les voit apparaitre… le camp de base, les seracs de l’ice fall,
le col sud ou souffle apparement un vent violent, le ressaut Hillary et enfin le sommet… 
Seule la combe ouest, espece de piste de bobsleigh geante de 4 km de long reste masquee, en partie par le Nupse… il faudrait grimper sur le Pumo ri, a portee de main, pour la voir….
Pas d’activite apparente sur le camp de base, mais on distingue 4 silhouettes grimpant au dessus du serac… ils ont l’air de ne pas trop trainer… Fabuleux spectacle…. difficile de redescendre… bon d’accord, la route est encore longue..on s’en va… Il nous faut encore changer de vallee pour nous rapprocher de notre prochain objectif… l’Island peak et ses 6189m… Rinji n’attend que cela depuis le debut… quand a moi, bien que je sois maintenant acclimate, je me pose encore pas mal de questions sur mes chances d’arrivee en haut…
Redescente donc, nous croisons de plus en plus de monde, jusqu’a notre virage a l’est vers Dingboche, ou nous retouvons le calme. L’ AmaDablam surplombe le village de ses 6850m, ele est loin d’etre la plus haute mais reste belle sous tous les angles.
Un peu partout des congeres et des blocs de glace monstrueux tiennent en equilibre precaire…. cela pourrait faire du bruit…
Au fond de la vallee, un cone regulier et symetrique, pyramide presque parfaite et enneigee ( peut etre trop meme…)apparait, l’Island peak… c’est beau mais c’est haut comme dirait l’autre…
Petite escale a Chukhung pour recuperer piolets et crampons, un peu de repos et en route vers le camp de base, petit village de tentes a 5000m d’altitude, ambiance rocailleuse et froide, pas tres accueillant.
Il n’y a pas grand monde, seulement quelques porteurs. Avec nous demain devraient tenter l’ascension, un canadien et un groupe d’espagnols…
Nous montons la tente, pour 2… je me dis que Chemba passera la nuit dans une des autres tentes avec les autres porteurs. En fait j’apprendrai le lendemain qu’il est redescendu a Chukhung ou il fait plus chaud et ou l’on sert un excellent dahl bat….
Pour nous, soupe de nouilles, beaucoup de the et extinction des feux a 18h30. Contre toute attente je dors. Mes apprehensions se sont levees petit a petit… reveil a 1h, re-soupe de nouilles ( pas facile) et the. Depart a 2h30 sous un ciel etoile et partiellement eclaire par une demi-lune. Slowly slowly, 3h environ de marche d’approche avec quelques trop courtes pauses a contempler les glaciers eclaires par la lune… en cours de route nous passons le canadien. Les espagnols sont encore bien bas dans la vallee alors que deja les nuages commencent a monter. Au lever du jour nous arrivons sur le glacier. Crampons, harnais, piolet… les premiers pas sur la glace sont un veritable bonheur…
Le ciel commence a s’eclairer, grand bleu… peu de crevasses, deux trois ponts de neige, la progression sur le glacier est facile…. facile jusqu’a la difficulte de cette ascension. Une paroi bien raide d’environ 200m de long.
Heureusement elle est deja equipee. Une longue corde le long de laquelle nous pourrons grimper a l’aide de jumars (une poignee qui glisse le long de la corde en montant mais se bloque lorsque l’on tire vers le bas…). Les puristes de la technique alpine auraient pris un piolet dans chaque main pour se hisser…pour ma part,cette technique himalayenne me convient tres bien… jumar main gauche, piolet main droite, pied gauche, pied droit, j’essaie de suivre Rinji… forcement, tous les dix pas, je dois m’arreter reprendre mon souflle… mais petit a petit nous avancons
Encore une demi-heure de progression sur l’arete finale et… c’est le sommet…. grosse emotion… toutes ces montagnes a 360 degres…. les nuages sont plus bas dans la vallee…. et toujours ce silence…
Voici notre ami canadien… petite causette, petit picnic et nous entamons la descente…. essentiellement en rappel… beaucoup plus facile …. Au pied du mur, nous croisons les espagnols, il n’en reste que 3. Les nuages arrivent maintenant et le vent se leve. L’un d’entre eux prefere redescendre avec nous.
La descente jusqu’au camp de base est interminable, je me rends compte a present de tout ce que nous avons grimpe cette nuit et de l’etroitesse de certaines vires…. c’est fou d’etre aussi haut au dessus de la vallee… Rinji est ravi… et moi aussi… nous ne faisons que peu de pauses, assis les pieds dans le vide a contempler le paysage dans un silence total, un peu comme deux gamins contents d’une bonne blague….
Interminable cette descente, une horreur pour les genoux… il faut encore plier la tente et redescendre sur Chukhung… quand je pense que Chemba est remonte nous donner un coup de main…
Apres cette grosse journee, le reste se deroule tranquillement, descente continue en trois jours jusqu’a Namche Bazar et Lukla pour reprendre l’avion…. nous croisons encore du monde… y compris les maoistes, auxquels il faut verser la taxe de passage…
(quel benet ce bouffon en bonnet…)
j’ai arrete le dahl bat pour les pizzas… readaptation progressive avant le retour sur Kathmandu….
Kathmandu… la foule, la circulation delirante, la pollution, la greve des eboueurs… une bonne agression en descendant des montagnes….
il y a meme du monde au balcon…
… je vais prendre l’air sur le bord du lac a Pokhara….

















magnifique récit cricri, et magnifiques photos aussi
magnifique récit cricri, et magnifiques photos aussi
superbe ballade, on t’envie
Ouahh !! j’en ai le souffle coupé ; petit conseil de japonais, lors du prochain recit prends toi aussi en photo, j’aimerais bien voir ta bobine tout essouflé… pour la mettre à coté de celle que tu avais prise au canada en 95.
je t’ai déjà tout dit sur ton mail…j’ouvre tous les matins la fenêtre sur la montagne bleue et le récit de ton épopée permet de s’évader de la grisaille en un clic…j’ai hâte de voir la suite!
dingue !
c’est vraiment super, on s’y croirait et on ne voudrait pas que le récit ni les photos s’arrètent…Alors toujours pas vu Ed ?
Je te dis tout de même, en passant, que si tu fais l’Ama dablam, on ne te parle plus avec Lolo. Maintenant, tu fais comme tu veux, hein…
Allez, profite bien et fais une prière pour Anatoli …et attends-nous pour faire l’Everest, ok ? Quelque voix intèrieures me disent qu’on pourrait y aller ensembles..
A bientôt, on te garde une beurre-sucre au chaud…ça changera des dahl…
Whhhoaa !! c’est pas possible, c’est magnifique ! Tu as marché là ou Toli a marché aussi (un peu accro les filles
)) – Enjoy, et merci pour toutes ces belles images ! Tiens, j’vais relire Boukreev moi !
Ton copain a raison, ce serait super de voir aussi ta pomme un de ces quatre. Cela dit, c’est vraiment super ce que tu fais. Il faudra que tu nous expliques comment tu t’y prends.
Clairement, il va te falloir faire du bungy a Queenstown, autrement ta ballade neo-zelandaise va paraitre franchement trop simplette.
A bientot.
Superbes images …. Tu nous fais rever Christophe….Ces photos des plus hauts sommets du monde me laissent pantois …Bon voyage!
Ca a l’air pas mal comme coin, malgré les japonais…
Bravo pour le récit très amusant et qui donne envie!!
La pensée du jour: pourquoi y a pas de compte épargne temps dans l’éducation nationale ??
Un vrai conteur, avec le suspens et tout !
Je ne suis pourtant pas un dingue de montagne, mais ton recit et les paysages m’ont fait rever d’y mettre un jour les pieds.
Merci pour ces images, on pense souvent a toi.
Wouaou !!! beau récit, belles photos, et notre imagination en plus pour nous y croire nous aussi !
Le toit du monde… çà fait vraiment rêver… Et tu as l’air d’en profiter vraiment, que de beaux moments (et de durs moments ?? apfff apffff, dure dure l’ascension, hihi !) !
En tout cas, Christophe, joli blog que voilà, sobre et classe, continue de nous faire partager ton voyage, et surtout continue tes découvertes et tes rencontres !
bises
émilie
Magnifique récit ! J’ai retrouvé quelques émotions vécues même si je n’ai pas suivi tout à fait le même parcours.
Mes souvenirs ici : ascension du Kala Patar